80 pays et la Communauté Européenne signataires le 30 mars 2007 à New York
Le débat sur les droits des personnes handicapées est ouvert depuis 1950 aux Nations Unies, et sous une forme ou une autre, fait partie de son programme daction de façon ininterrompue depuis bientôt une soixantaine dannées.
Comme le montre la chronologie donnée en annexe, le changement de lapproche conceptuelle apporté par le mouvement des personnes handicapées a permis aux Nations Unies de passer en quelques années dune approche principalement influencée par le modèle médical et génératrice de réadaptation, à une approche globale basée sur les Droits de lHomme et génératrice de transformations sociales.
Répondant aux pressions continuelles de lOrganisation Mondiale des Personnes Handicapées (OMPH), appuyées rapidement par dautres ONGs, les Nations Unies sengagent peu à peu pour inclure la protection des Droits de lHomme des personnes handicapées dans le Droit International.
Le rôle du Droit International en matière de droit de la personne
Aussitôt après la création des Nations Unies, à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, linstauration dun cadre juridique aux Droits de lHomme apparaît comme une priorité. Ce besoin fut comblé pour la première fois avec ladoption de la Déclaration Universelle des Droits de lHomme en 1948.
Les premiers balbutiements du droit international en matière de Droits de lHomme ont servi à renforcer le concept selon lequel les normes, en matière de Droits de lHomme et de leur violation par un Gouvernement, relèvent dun ordre international.
Il apparut toutefois rapidement que des mesures légales supplémentaires devaient être abordées pour faire cesser les violations constatées à travers le monde. Au milieu des années 1960, les Nations Unies commencèrent donc à reconnaître la vulnérabilité de certaines populations vis-à-vis dabus non identifiés par le droit international en matière de Droits de lHomme.
Une série de campagnes internationales a conduit à ladoption de plusieurs Traités relevant des Droits de lHomme afin de combler ces lacunes et établir des mécanismes permanents pour un contrôle plus efficace. Ces Traités incluent :
- La Convention des Nations Unies sur lélimination de toutes les formes de discrimination raciale
- La Convention de lONU sur lélimination de toutes les discriminations à légard des femmes
- La Convention relative aux droits de lenfant
Ces Traités créent des garanties légales qui, en termes concrets, visent les causes sociales, politiques et culturelles empêchant certains groupes humains daccéder à ces Droits. Plus importants encore, ces Traités permettent la création dorganismes permanents de surveillance dans le domaine des Droits de lHomme et dotés du pouvoir dexaminer et dencourager la conformité aux dispositions des traités.
Le processus de rédaction de ces conventions ciblées a souvent permis aux Gouvernements et aux Organisations Non Gouvernementales de renforcer leur vigilance sur les Droits de ces populations.
Lélaboration dune nouvelle Convention pour les Droits de lHomme des personnes handicapées est une extension de ce principe de mise en uvre.
Une longue prise de conscience
La reconnaissance des Droits de lHomme pour les personnes handicapées débute en 1981 avec ladoption, par lAssemblée Générale de lONU, du Programme mondial daction concernant les personnes handicapées, suivie par lélaboration en décembre 1993 des Règles pour légalisation de leurs chances, dont les recommandations ne sont soumises à aucune obligation dapplication.
Une autre étape très importante fut franchie à la fin des années 1990 avec ladoption, par la Commission des Droits de lHomme des Nations Unies (CDH), dune Résolution reconnaissant la responsabilité des Nations Unies vis-à-vis de la protection des droits des personnes handicapées au cours de sa 54ème Session, puis adopta la résolution 1998/31, stipulant que linégalité et la discrimination liées aux incapacités constituent des violations des droits de la personne.
La Résolution 1998/31 représente une percée dans la compréhension que lOrganisation des Nations Unies avait des personnes dites « handicapées ». Cest en effet à partir de cet instrument que les Nations Unies commencent à remplir réellement leur responsabilité vis-à-vis de cette partie la plus pauvre de la population mondiale.
En Décembre 1998, lAssemblée Mondiale de lOMPH qui se tient à Mexico accueille Bengt Lindqvist, Rapporteur Spécial des Nations Unies pour lEgalisation des Chances pour les personnes handicapées, pour faire avec lui et les cinq autres ONGs de lIDA (International Disability Alliance) invitées à cette occasion, un premier bilan de son action 18 mois avant la fin de sa mission. Dans la présentation de celui-ci, la création dune Convention Internationale pour les Droits de lHomme pour les personnes handicapées est pour la première fois formulée et lobjet dun débat entre les ONGs présentes.
Cette Assemblée Mondiale de Mexico a été déterminante, et cest en décembre 2001 que lAssemblée Générale des Nations Unies adopte la Résolution 56/168 présentée par le Mexique en 1999, pour créer un comité Spécial afin « dexaminer des propositions en vue délaborer une convention internationale pour la protection et la promotion des droits et de la dignité des personnes handicapées ».
En 2000, une nouvelle Résolution confirme la Résolution 1998/31 et demande que soient examinées « les mesures qui visent à renforcer la protection et la surveillance des Droits de lHomme des personnes handicapées ».
Publiée par le Haut Commissariat aux Droits de lHomme, une évaluation des instruments de lONU concernant la situation des personnes confrontées à une réduction de leurs capacités, estime le travail des comités qui surveillent les six principaux traités internationaux des Droits de lHomme, ainsi que la protection accordée aux personnes handicapées et la possibilité de renforcer cette protection.
Cest dans ce contexte que doit être compris le débat en vue de ladoption dune nouvelle Convention en décembre 2006.
Pourquoi une Convention des Nations Unies ?
Selon lOrganisation Mondiale de la Santé, au moins 10% de la population, soit 600 millions de personnes, connaît une forme ou une autre de restrictions dune ou plusieurs capacités.
Nous savons que les personnes qui affrontent ces restrictions de capacités ont de nombreux obstacles à surmonter pour accéder à une pleine participation à la société dans laquelle elles vivent. Ces obstacles engendrent des discriminations, des abus, et sont des facteurs de pauvreté. En néliminant pas ces obstacles, la société perpétue lexclusion de la pauvreté et ne reconnaît pas les droits de certains de ses membres.
Des témoignages dabus, de violences, de conditions de vie indignes et dautres exemples de violations des Droits de lHomme ont été observés dans tous les pays. Les recherches menées prouvent que les violations des Droits de lHomme demeurent une réalité quotidienne pour les personnes handicapées partout dans le monde. Cette exclusion prend différentes formes et se manifeste sur tous les plans.
Ainsi, au 1er octobre 2003, la base de données de Disability Awareness in Action, initiée et animée par Rachel Hurst depuis Londres, regroupait 2077 cas dabus des Droits de lHomme rapportés par des personnes handicapées. Dautres exemples précis ont été recueillis à partir dautres sources, notamment les exemples suivants :
En Thaïlande, la Cour constitutionnelle a confirmé le maintien de linterdiction de permettre à des personnes handicapées de devenir des fonctionnaires judiciaires. Lun des juges a déclaré que ladministration judiciaire se réservait le droit de recruter des personnes ayant un « potentiel optimal » conformément aux « valeurs culturelles en vigueur » qui favorisent les personnes non handicapées.
Comment utiliser cette Convention
Les Droits de lHomme nont pas à être spécifiquement accordés, mais, et cest essentiel, ils ne peuvent être supprimés. Ils prévalent pour chaque personne, quelles que soient les attitudes ou les lois qui régissent une société.
Afin de promouvoir et de reconnaître les Droits de lHomme de tous les citoyens du monde, les pays, ou « Etats » tels que cités dans le droit international, ont ensemble, dans le cadre du système des Nations Unies, adopté une série de principes et de Droits désormais jugés universels et inviolables. Plusieurs documents ou « instruments » des Droits de lHomme encadrent et favorisent lapplication de ces principes. Les gouvernements nationaux sont garants des Droits de lHomme stipulés dans les lois internationales et sont légalement tenus de les appliquer.
Des mécanismes dapplication, en général des Comités, sont créés pour surveiller la mise en vigueur des droits internationaux en matière de Droits de lHomme. Les Etats doivent soumettre des rapports réguliers à ces Comités pour évaluation, et les Organisations Non Gouvernementales peuvent aussi produire leurs propres évaluations et porter un autre regard sur les progrès, ou les échecs, des Etats en matière de Droits de lHomme.
Certains Traités sont doublés dune procédure destinée aux Etats ou aux particuliers qui souhaitent porter plainte contre une de ce quils considèrent être une violation dun Traité.
Cest ce qui explique que lexamen le plus approfondi de la conformité aux principes des Droits de lHomme némane souvent pas des Comités de Surveillance des Nations Unies, mais bien plus souvent dorganisations comme « Amnistie Internationale » ou « Human Rights Watch ». Les rapports annuels et spéciaux de ces organisations sont sérieusement pris en considération par les gouvernements, les ONGs et les Nations Unies.
Lorsquun comité établit quil y a eu une violation des Droits de lHomme, il conseille le gouvernement fautif quant aux changements à apporter pour se conformer au Droit International fixé par les Traités. Lapplication est difficile et dépend de pressions politiques exercées par les Nations Unies et les autres Etats ou par dautres institutions de la communauté internationale (Conseil de lEurope, Organisation de lUnion Africaine
). Les mesures de rétorsions sont plutôt de nature politique comme la réduction des aides au développement ou laltération des relations diplomatiques.
Adoption de la Convention par lONU et signature par 80 Etats
La Convention relative aux Droits des personnes handicapées dans le monde a été officiellement adoptée le 13 décembre 2006 par lAssemblé Générale des Nations Unis.
Le respect des Droits des citoyens restreints dans leur autonomie au titre du respect des Droits de lHomme simpose aujourdhui un peu plus aux Etats. Cest une étape majeure qui est atteinte, et enfin parce que le premier compromis international du 21ème siècle portant sur les Droits de lHomme ouvre les portes dun monde plus valorisant pour chacun, quelles que soient ses capacités.
Exceptionnel : Cette même Convention vient de recevoir 80 signatures le 30 mars à New York. Ainsi quatre-vingt pays plus la Communauté européenne ont signé officiellement lors d'une cérémonie à l'Assemblée Générale de l'ONU la Convention sur les droits des personnes handicapées. 42 pays ont aussi signé le Protocole additionnel qui permet un recours individuel à un comité d'experts quand tous les autres recours nationaux ont été épuisés.
« Il s'agit d'un événement extraordinaire dans l'histoire du développement des instruments des droits de l'homme à l'ONU », a déclaré Louise Arbour lors d'une conférence de presse à New York. « C'est sans précédent, non seulement pour un instrument dans le domaine des droits de l'homme mais dans les autres domaines du droit aussi », a-t-elle ajouté, en soulignant que la Jamaïque avait déjà annoncé la ratification de l'instrument, procédure qui le rend obligatoire en droit interne.
Autre fait marquant, « il s'agit du premier instrument dans le domaine des droits de l'homme du XXIème siècle, et c'est un texte qui mentionne des droits, pas seulement des intentions de protection en matière sociale ». Etape dans le renforcement de la position des groupes de défense des personnes handicapées, qui ont été marginalisées pendant si longtemps, a fait observer la Haut Commissaire.
Le Vice-président de l'Equateur Lenin Moreno, lui-même en fauteuil roulant, a exprimé sa grande émotion face à cette étape qui permettra de « dépasser l'attitude paternaliste et la pitié par la défense des droits des personnes handicapées de manière effective, en sattendant à ce que d'autres pays s'associent à cette objectif et quils ratifient tous la Convention ».
Yannis Vardakastanis, président du Comité international des personnes handicapées, a remercié les Etats Membres : « Il s'agit là d'un changement radical dans la façon de voir les handicapés, en reconnaissant leurs droits. Les 650 millions de personnes handicapées s'attendent à ce que cette convention change leur condition de vie, fasse disparaître la discrimination et les obstacles ».Juan Manuel Gomez Robledo, secrétaire aux Affaires multilatérales et aux droits de lhomme du Mexique, a souligné un fait unique dans lélaboration du traité (premier instrument contraignant en ce domaine) : la participation de la société civile, les ONGs à niveau égal avec les Etats membres.Louise Arbour a estimé que lélan constaté doit se traduire par une ratification rapide, et par de nouvelles signatures au plus tôt. Les Etats ne sont pas seulement engagés à des principes, mais à les traduire par des modifications de leur législation. Espérons que ce mouvement profite à la protection des enfants, des femmes, des travailleurs migrants et des réfugiés, a lancé la Haut Commissaire.« Certains vivent dans l'obscurité tandis que d'autres vivent dans la lumière. Nous voyons ceux qui vivent à la lumière du jour, laissant les autres dans l'ombre », a-t-on conclu en citant Bertold Brecht. « Cette convention vise à ramener la lumière à ceux qui se trouvent dans le noir ».
Jean-Luc Simon
Groupement Français des Personnes Handicapées GFPH
OMPH Europe et UNNews Communiqué
MAJ : 12-11-07 |